Macron-Obama, meme combats?
En observant Emmanuel Macron au fil de ses mandats, je me suis souvent dit qu’il avait beaucoup en commun avec Barack Obama.
Même jeunesse relative au moment d’arriver au pouvoir. Même aisance intellectuelle. Même conviction qu’il est possible de dépasser les vieux clivages politiques. Obama rêvait d’une Amérique libérée de ses divisions partisanes. Macron a tenté le fameux « en même temps ». Leurs premières candidatures ont suscité de véritables vagues d’espoir (Hope): l’impression qu’une nouvelle génération pouvait renouveler la politique et sortir de l’impasse des vieux partis. Tous deux ont parié sur un centre réformiste et pragmatique, convaincus qu’une politique raisonnée pourrait concilier efficacité économique et cohésion sociale.
Leurs mandats ont été rapidement rattrapés par les crises. Obama arrive à la Maison-Blanche au cœur de la crise financière de 2008, puis doit gérer les répercussions du Printemps arabe et une opposition républicaine de plus en plus combative, portée par la vague du Tea Party et obsédée par la dette publique. Macron, lui, affronte successivement les Gilets jaunes, la pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine. Dans ces conditions, gouverner raisonnablement consiste souvent moins à réécrire l’histoire qu’à éviter que les secousses ne deviennent des séismes.
Les deux hommes partagent aussi un trait qui ne leur facilite pas la tâche : une certaine distance. Leur intelligence et leur maîtrise des dossiers peuvent donner l’image d’un pouvoir jupitérien, plus à l’aise dans l’explication que dans l’empathie. Dans des périodes de tension sociale, cela nourrit vite le reproche d’arrogance.
Pendant ce temps, d’autres mouvements s’installaient. De plus en plus d’électeurs ne cherchaient plus seulement des politiques publiques efficaces. Ils voulaient être reconnus, compris, ou au moins entendus dans leur malaise. Dans ce climat, un pouvoir perçu comme distant alimente facilement les frustrations et ressentiments. Les solutions populistes — simples, lisibles et présentées sans compromis — deviennent mécaniquement plus séduisantes.
Dans les deux cas, le président devient le réceptacle de toutes les frustrations. Aux États-Unis, Obama a été accusé d’avoir accentué les divisions du pays et de s’être rapproché des élites au détriment de sa base. En France, Macron reçoit des critiques comparables et concentre une grande part du mécontentement, même lorsque celles-ci relèvent de dynamiques plus larges.
Le paradoxe est le même des deux côtés de l’Atlantique : le centre gouverne, mais les extrêmes captent la colère et l’énergie politique. Aux États-Unis, cela a fini par porter Donald Trump au pouvoir. Reste à voir si la France suivra la même pente, ou si son histoire politique lui rappellera à temps les dangers de ce chemin.