Macron–Obama, mêmes combats
Emmanuel Macron et Barack Obama présentent des trajectoires politiques étonnamment similaires.
Même jeunesse relative au moment d’arriver au pouvoir. Même aisance intellectuelle. Même conviction qu’il est possible de dépasser les vieux clivages politiques. Obama rêvait d’une Amérique libérée de ses divisions partisanes. Macron a tenté le fameux « en même temps ».
Leurs premières candidatures ont suscité de véritables vagues d’espoir (Hope) avec l’impression qu’une nouvelle génération pouvait renouveler la politique et sortir de l’impasse des vieux partis.
Tous deux ont parié sur un centre réformiste et pragmatique, convaincus qu’une politique raisonnée pourrait concilier efficacité économique et cohésion sociale.
Le début de leurs mandats a aussi été marqué par de grandes réformes qui ont brûlé une part importante de leur capital politique. Obama avec le plan de relance économique et l’Affordable Care Act. Macron avec ses premières réformes du travail, de la fiscalité, et ses réflexions sur les retraites. Des mois de négociations et de compromis pour un résultat typique du centre : assez ambitieux pour susciter l’opposition, mais trop mesuré pour enthousiasmer quiconque. Ces batailles ont laissé des traces et installé un climat de confrontation qui marquera la suite.
Puis les crises se sont enchaînées. Obama arrive au pouvoir en pleine crise financière, avant de devoir gérer les répercussions du Printemps arabe et une opposition républicaine radicalisée par le Tea Party. Macron affronte successivement les Gilets jaunes, la pandémie puis la guerre en Ukraine. Dans ces conditions, gouverner consiste souvent moins à transformer qu’à éviter que les secousses ne deviennent des séismes.
Les deux hommes partagent aussi un trait qui ne leur facilite pas la tâche : une certaine distance. Leur intelligence et leur maîtrise des dossiers peuvent donner l’image d’un pouvoir jupitérien, plus à l’aise dans l’explication que dans l’empathie. Dans ces périodes de tension sociale, cette posture nourrit vite le reproche d’arrogance.
Pendant ce temps, d’autres mouvements s’installaient. De plus en plus d’électeurs ne cherchaient plus seulement des politiques publiques efficaces. Ils voulaient être reconnus, compris, ou au moins entendus dans leur malaise. Dans ce climat, un pouvoir perçu comme distant alimente facilement frustrations et ressentiments. Les solutions populistes — simples, lisibles et présentées sans compromis — deviennent mécaniquement plus séduisantes.
Dans les deux cas, le président devient le réceptacle de toutes les frustrations. Aux États-Unis, Obama a été accusé d’avoir accentué les divisions du pays et de s’être rapproché des élites au détriment des américains. En France, Macron reçoit des critiques comparables et concentre une grande part du mécontentement, même lorsque celles-ci relèvent de dynamiques plus larges.
Le paradoxe est le même des deux côtés de l’Atlantique : le centre gouverne, mais les extrêmes captent la colère et l’énergie politique. Aux États-Unis, cette dynamique a fini par porter Donald Trump au pouvoir. Reste à voir si la France suivra la même pente, ou si son histoire politique lui rappellera à temps les dangers de ce chemin.